« Le mouvement féministe est toujours aussi fort » - Jean Kemitare (Ouganda) – 3/4

Je continue ma conversation avec Jean Kemitare, féministe ougandaise. Avez-vous lu les précédentes parties de notre conversation où Jean m’a parlé de l’influence de son enfance sur sa vision féministe (partie 1) et comment cela se traduit dans son travail quotidiennement (partie 2)? Maintenant, on discute de comment, selon elle, les mouvements de défense des droits des femmes ont évolué depuis qu’elle a commencé à travailler dans ce secteur.

Comme tu viens de l’expliquer, la construction du mouvement féministe est un enjeu central depuis plus d’une décennie, et tu as joué un rôle crucial dans la coordination d’un mouvement féministe fort dans la Corne de l’Afrique, l’Est de l’Afrique et l’Afrique australe. À ton avis, comment a évolué le mouvement des droits des femmes dans la région au cours de cette période ?

Certains disent que le mouvement féministe est en perte de vitesse, qu’il s’essouffle mais je ne pense pas que ça soit le cas. Je pense que le mouvement avance différemment parce que nous vivons une période particulière. Nous sommes confrontés à d’autre types de pression, mais le mouvement féministe est toujours aussi fort.

Du temps de nos parents, les activistes étaient confrontés à des réactions négatives parce qu'elles soulevaient un nouveau type de discussions: il s’agissait d’égalité. Les réactions auxquelles nous sommes confrontées aujourd'hui sont plus virulentes, et cela signifie probablement que nous faisons quelque chose de bien. (Elle rit). Nous déconstruisons les structures et les déséquilibres de pouvoir. Et une fois que vous touchez vraiment au cœur du pouvoir, comme nous le faisons, nous provoquons ces réactions violentes.


À quel type de pressions fais-tu allusion ?

Nous évoluons dans un contexte où l’espace civique se rétrécit délibérément dans de nombreux pays, de sorte que notre capacité à nous organiser et à exprimer notre mécontentement est donc dispersée d’un point de vue politique, social et économique dans le but de maintenir une dynamique de pouvoir patriarcale. Nous assistons également à une montée des fondamentalismes religieux, tant dans l'islam que dans le christianisme, ce qui a une forte influence sur les droits des femmes et leur organisation. Cela affecte la solidarité et la connexion. Par exemple, les croyances autour des droits des minorités sexuelles affectent la manière dont nous nous organisons, et cela bénéficie au patriarcat.

Les difficultés économiques sont également un défi avec la mondialisation et les autres mesures macro-économiques que nos pays ont adoptées, nous nous dirigeons davantage vers un capitalisme à grande échelle et un néolibéralisme. A mon avis,  cela affecte notre droit d’organisation et les droits des femmes. Cela signifie que, de plus en plus, les gens entrent dans une ONG non pas à cause de leur passion ou de leurs convictions, mais parce que c'est un travail. Et je ne dis pas que les personnes qui font ce travail ne sont pas passionnées, ni que cette passion ne peut pas se développer, quelle que soit la façon dont la personne a commencé. 

Les réactions auxquelles nous sommes confrontées aujourd’hui sont plus virulentes, et cela signifie probablement que nous faisons quelque chose de bien.

Vois-tu des opportunités en parallèle des défis que tu as mentionnés ? 

Je pense qu'il y a beaucoup plus d'universitaires féministes en Afrique, qui produisent des connaissances sur lesquelles nous pouvons nous appuyer. De manière plus générale, la conscience féministe se développe sur tout le continent. Auparavant, avec l'expansion du développement et du travail des ONG en Afrique, on avait le sentiment que c'était aux « organisations militantes » de s'exprimer. Aujourd'hui, les femmes disent : Je suis une femme, donc c'est ma responsabilité, même si mon travail consiste à travailler à la banque.  

Nous avons également des opportunités avec la technologie. Nous pouvons maintenant entrer en contact les unes avec les autres, au-delà des frontières géographiques et nous pouvons renforcer les liens, la solidarité et de ce fait, le mouvement. Je pense que nous avons de nombreuses possibilités de renforcer les liens, d'améliorer notre propre analyse et d'agir de différentes manières. Nous pouvons utiliser la technologie pour apprendre les unes des autres et établir des liens et des collaborations à travers les espaces géographiques. Je pense par exemple à l'appel mondial à soutenir les militantes soudanaises. 


Parlant de technologie, parlons un instant de l’activisme sur les réseaux sociaux. Je pose la question car j’ai pris le train des réseaux sociaux en retard, et je pourrais être en train de me tromper, mais, il me semble qu’avec les réseaux sociaux, l'organisation féministe se concentre plus sur les individus – et non plus sur les organisations. Est-ce quelque chose que tu as remarqué également ?

À un moment, le mouvement reposait sur les associations, et il semblait devoir être dans telle association pour contribuer au mouvement. Les réseaux sociaux, nous ont sensibilisés aux problèmes, ils ont popularisé le féminisme et facilité l’accès, si bien que davantage de femmes de secteurs très différents ont commencé à s’engager.

Mais le danger est que quelqu’un peut sérieusement militer en ligne sans véritablement agir dans la vie réelle. En raison des réactions négatives dont je te parlais plus tôt, il est devenu plus facile d'être un activiste sur internet que de gérer le travail qu’implique l'organisation quotidienne ou la mobilisation de la communauté. Il est facile pour moi de retweeter et de me faire entendre derrière mon téléphone, mais est-ce que je vais sortir et soutenir les femmes qui sont menacées ? Vais-je rejoindre les personnes qui présentent des pétitions au Parlement ou serai-je trop occupée à télécharger du contenu sur une application ? Nous devons trouver un équilibre entre le militantisme en ligne et le militantisme en personne. Mais en fin de compte, nous avons besoin de tous les types d'activistes. Nous avons besoin de personnes qui sortent et mobilisent les communautés. Et nous avons besoin de personnes qui peuvent mobiliser en ligne.


Je m'inquiète parfois de la montée des influenceuses féministes indépendantes du fait des réseaux sociaux, et du fait que cela peut répandre l'idée que le féminisme est un parcours individuel plutôt qu'un mouvement collectif.  

A un moment, le mouvement était basé dans des organisations et c’était comme s’il fallait être dans certaines organisations pour pouvoir contribuer au mouvement. Les réseaux sociaux ont permis de mieux comprendre les enjeux, ont popularisé le féminisme et ont rendu l’accès facile et donc plus de personnes, de secteurs complètement différents, s’engagent dans le mouvement. 

La question est de savoir comment on reconnaît la valeur et le mérite de chaque personne, même celles et ceux qui jouent des rôles différents et moins visibles. Si je ne fais pas de bruit sur les médias sociaux ou dans les médias traditionnels ou sous d'autres formes, ma valeur et mon utilité en tant que féministe sont-elles vues ? Nous devons veiller à ce que les contributions individuelles forment un tout, afin que nous restons connectées les unes avec les autres et que nous restons solidaires. 

Pour en revenir au mouvement, y a-t-il une question à laquelle les féministes africaines devraient, selon toi, accorder plus d'attention ?

Je pense que nous devons être plus à l'aise avec l'argent et accepter de gagner de l'argent pour notre travail. Nous avons besoin d'argent pour organiser et vivre une vie confortable. Je suis mal à l'aise quand les gens donnent l'impression que si vous demandez de l'argent, alors vous êtes "matérialiste" et que vous ne vous intéressez pas à la cause.

Prendre soin de soi est également devenu important pour moi et j'ai l'impression que les femmes qui s'occupent d'elles-mêmes peuvent être perçues comme matérialistes ou égoïstes. Je suis d'accord avec Audre Lorde que prendre soin de soi n'est pas un luxe : c'est de l'auto-préservation. Prendre soin de soi n'est pas une chose que nous avons bien fait en tant que mouvement ; le patriarcat nous a dit que nous ne sommes pas censées faire cela. C'est pourquoi nous avons maintenant beaucoup de féministes épuisées et désabusées. Je crois qu'il faut continuellement prendre du temps pour se ressourcer et se reconstruire. 


Pourquoi dis-tu que le patriarcat nous empêche de prendre soin de nous-mêmes ?

C'est patriarcal d'attendre des femmes qu'elles se donnent tout, n'est-ce pas ? C'est patriarcal d'attendre des femmes qu'elles soient vertueuses et qu'elles se donnent en échange de rien. Quand cette idée s'infiltre dans le mouvement, c'est du patriarcat déguisé.

 Comme je l'ai dit, j’ai entamé le processus de m’aimer. Et ce n'est pas ce que le patriarcat considère comme étant le comportement d’une femme correcte. C’est perçu comme égoïste, vain et matérialiste. Mais je ne pense pas qu'il faille se sacrifier, tomber malade ou s'épuiser au nom de la construction du mouvement.

Un grand merci à Jean de partager avec nous ses points de vue. Dans la partie prochaine et finale de cet entretien, nous poursuivons une piste plus personnelle et discutons d’un point auquel je pense beaucoup et il s’agit de la parentalité féministe.. Selon Jean, quand on parle de parentalité féministe, il ne s’agit pas seulement de travailler avec vos enfants mais sur vous également. Pour en savoir plus, c’est ici.

« Nous démantelons le patriarcat un bloc à la fois » : Jean Kemitare (Ouganda) 2/4

Je suis en conversation avec Jean Kemitare, une féministe ougandaise discrète et déterminée. Nous avions commencé notre conversation en discutant de la manière dont l’enfance et l famille de Jean ont fait d’elle la féministe qu’elle est aujourd’hui (partie 1). Maintenant, Jean me parle de son travail pour prévenir la violence contre les femmes et renforcer les mouvements féministes africains.

Tu as consacré ta carrière au renforcement du mouvement pour les droits des femmes en Afrique... Tu peux me parler de ton travail à Urgent Action Fund Africa?

Urgent Action Fund - Africa (UAF-Africa) est un fonds panafricain et féministe. En utilisant un modèle de subventionnement à réponse rapide, UAF-Africa soutient des initiatives imprévues, sensibles au temps, innovantes et audacieuses. Celles-ci permettent aux féministes africaines, aux activistes et aux organisations de défense des droits des femmes de saisir des opportunités, de briser le patriarcat, d'amplifier leurs voix, d'améliorer leur visibilité et de devenir des actrices importantes capables d'influencer les politiques et les lois tout en façonnant les récits. Je travaille en tant que directrice des programmes à Urgent Action Fund - Afrique, responsable de la direction stratégique et de la mise en œuvre des programmes.

C'est un travail qui résonne avec mes convictions. Les Fonds féministes ne fonctionnent pas comme des donateurs conventionnels ; ils existent pour modifier les relations de pouvoir en finançant le mouvement. Ils reconnaissent que le comment est aussi important que le quoi et, par conséquent, tout le travail est fondé sur des valeurs d'égalité, de respect et de justice. Ils travaillent avec le mouvement féministe par la solidarité, la collaboration et l'autonomisation mutuelle. Urgent Action Fund - Africa travaille sur tout le continent pour atteindre les femmes structurellement exclues, les groupes, les organisations communautaires nationales et régionales. Bien que les activités et les thèmes soient divers, l'objectif est le même : démanteler le patriarcat. Il est très inspirant de voir la résilience des femmes défenseurs des droits humains et de leurs formations. Cela entretient en moi l'espoir que le changement est possible. Nous démantelons le patriarcat un bloc à la fois !

C’est un nouveau poste pour toi n’est-ce pas ? Avant ça, il me semble que tu as longtemps travaillé pour Raising Voices. 

Dix ans !
Waouh ! Parle-moi de ton expérience.

Raising Voices est une association féministe dont le travail se fonde sur l’idéologie féministe. J’étais en charge du réseau de prévention contre les violences sexistes, qui rassemblait 800 personnes (des individus et des associations) œuvrant pour mettre fin aux violences faites aux femmes dans 20 pays de la Corne de l’Afrique, d'Afrique de l'Est et d'Afrique australe.  

L'organisation a mis au point des méthodologies permettant à ses membres de mieux faire leur travail. Par exemple, nous avons développé « SASA ! » une initiative de mobilisation communautaire pour la prévention des violences faites aux femmes et du VIH. Raising Voices avait également pour but l’apprentissage : nous faisions des études pour établir ce qu'il fallait faire pour prévenir la violence contre les femmes. Et enfin, il y avait le volet influence, sur lequel j'ai travaillé. 

Mon travail consistait à intégrer une analyse féministe politisée, mais aussi  influencer les pratiques et les politiques afin que la prévention contre les violences faites aux femmes soit faite avec une orientation féministe. Une partie essentielle de ce travail consistait également à renforcer la passion et l'engagement, tout en augmentant les compétences pour le travail sur la violence fondée sur le genre. Ces processus d'introspection sont nécessaires car si l’on veut être efficace dans son travail féministe, il faut se transformer : nos propres connaissances, notre attitude et nos compétences.

C’est un rappel puissant de l’un des éléments clé du féminisme : ce qui est personnel est politique. Dans ton parcours en tant que féministe, comment s’est déroulée ton expérience de transformation personnelle ?

En 2008, j'ai participé à l'Institut de leadership féministe pour les femmes de l’ONG Akina Mama Wa Africa, et cela a été un moment décisif. Alors que j’écoutais les intervenantes me dire que ce qui est personnel est politique, j’ai commencé à faire le lien entre les expériences qui me mettaient en colère et la situation dans son ensemble, et j’ai réalisé : « Waouh, je suis une féministe ! ». L’autre formation révélatrice a été celle que j’ai suivie dans le cadre de l'Institut de leadership féministe, de création de mouvements et de droits pour les militants d'Afrique de l'Est de la CREA. Deux expériences charnières qui ont déclenché ma conscience féministe.

Grâce à mon métier j’interagis avec de nombreuses femmes exceptionnelles : j’en accompagne certaines, d’autres me supervisent etc. Avoir des conversations avec des femmes différentes ayant eu des expériences diverses renforce continuellement mon parcours féministe.

Découvrir l’histoire du féminisme en Afrique me passionne également, parce que je m’énerve lorsque les gens disent que le féminisme est un concept occidental. Le féminisme s'est peut-être exprimé dans des langues qui ne sont pas les nôtres, mais on ne peut pas me dire que nous n'avions pas de féministes, que nous n'avions pas de pratique féministe, ou qu'il n'y avait pas de résistance au patriarcat dans les périodes précoloniales. C’est mon projet actuel, je tente de rassembler tout ce que je trouve à propos de la pratique féministe existant avant la colonisation.


Dans la prochaine partie de l’entretien, je pose la question à Jean de savoir comment, selon elle, les mouvements féministes en Afrique ont évolué dans le temps depuis qu’elle a commencé à travailler pour promouvoir et protéger les droits des femmes. Cliquez ici pour lire son analyse.

« Pour moi, être féministe c’est à la fois croire et agir » : Jean Kemitare (Ouganda) 1/4

Il y a ce petit brin de mystère en Jean Kemitare. Elle est calme mais chaque fois qu’elle parle, elle apporte une telle valeur à la conversation. Ses yeux sont un peu tristes mais son rire vous donnera un fou rire longtemps après l’avoir entendu. J’ai eu la chance de faire la connaissance de Jean quand j’ai commencé à travailler et j’ai appris de son excellent travail contre les violences faites aux femmes en Afrique de l’Est et aussi dans la partie australe du continent. J’ai toujours voulu avoir une conversation avec elle sur sa vie et son parcours féministe – maintenant, c’est fait et je suis très contente de partager cet entretien avec vous!

Jean m’a parlé de comment son enfance et sa famille l’ont façonnée en la féministe qu’elle est aujourd’hui et de son travail de prévention contre les violences faites aux femmes ainsi que le renforcement des mouvements féministes africains (partie 2). J’ai aimé écouter l’analyse de Jean sur comment les mouvements feminists africains ont évolué depuis qu’elle a commence à y travailler (partie 3). Notre entretien a pris fin sur ces conseils de parentalité féministe auxquels je reviendrai encore et encore (partie 4). J’espère que vous trouverez cette conversation aussi enrichissante qu’elle l’a été pour moi.

Bonjour Jean ! Merci de te joindre à moi pour cette conversation. Nous nous sommes rencontrées dans le cadre du travail il y a quelques années, et je suis ravie d’avoir cette opportunité de mieux te connaître, sur un plan plus personnel.

Bonjour, je m’appelle Jean Kemitare et je suis originaire de l’ouest de l’Ouganda, je suis passionnée par les choix et la voix des femmes, et mon travail tourne essentiellement autour des droits des femmes - notamment la prévention des violences faites aux femmes. Je travaille actuellement pour Urgent Action Fund Africa, en tant que directrice des programmes. J’élève seule mes deux adolescents, et je fais aussi partie d’une grande famille élargie que j’aime. 

J’adore cette idée.  Peu de mes invitées mentionnent leurs familles quand elles se présentent – encore moins de leur famille élargie. Peux-tu m’en dire plus sur tes parents et sur la manière dont ils t’ont influencée à devenir la féministe que tu es aujourd’hui ?

Mon grand-père était un catéchiste en avance sur son temps qui estimait que les filles tout comme les garçons devaient avoir accès à l’éducation, même si on se moquait de lui parce qu’il envoyait ses filles à l’école. J'ai donc grandi dans une famille avec de hauts standards concernant l’éducation, et avec des tantes qui étaient, et sont toujours, des femmes fortes, ayant excellé dans leurs domaines respectifs. Certaines d’entre elles sont des militantes féministes. Mes tantes sont comme des mères pour moi et elles ont eu une grande influence dans ma vie. Elles ont été comme des mères pour moi et elles m'ont beaucoup influencée, à la fois parce que les tantes paternelles sont très importantes dans les sociétés patrilinéaires comme la mienne, mais aussi parce que je n'ai pas grandi avec ma mère.  

Ça a dû être formidable de grandir avec des modèles aussi forts ! 

Oui bien sûr, mais ma famille restait une famille patriarcale. La plupart des hommes étaient polygames, mon père également. Quand j’avais deux mois, mes parents se sont disputés et ma mère est partie. Mon père a décidé que je ne la reverrai plus jamais, et il est allé devant les tribunaux pour obtenir la garde exclusive. En tant qu’ingénieur, il disposait de plus de revenus qu’elle, donc il a gagné. Parfois quand je réfléchis à tout ça, je me dis waouh, la violence a fait son entrée dans ma vie quand j’avais deux ans ! 

Ce que je veux dire, c'est qu'il y avait pour moi des attentes et des exigences différentes de celles des autres enfants parce que je n'étais pas l'enfant biologique des femmes qui m'ont élevé. Les filles et les garçons avaient également des responsabilités différentes dans le foyer où j’ai grandi. Les filles devaient s’occuper de la maison, les garçons pouvaient aller et venir comme ils le souhaitaient alors que nous ne pouvions pas le faire. Ça m’ennuyait lorsque ma maman (c’est comme ça que j’appelle ma belle-mère) rentrait à la maison et voyant le bazar qu’avaient laissé mes petits frères, elle nous disait à ma petite sœur et moi : « Les filles ! Qu’est-ce que vous avez fait de  toute la journée ? C’est un véritable bazar ici ». Ou lorsqu’il y avait des règles différentes sur l’heure à laquelle les filles et les garçons devaient rentrer à la maison. 

Ces expériences ont façonné ma prise de conscience précoce de l'injustice et ma passion pour les questions relatives à la condition des femmes. Je peux dire que c’est à ce moment-là que mon parcours féministe a débuté. Bien évidemment la prise de conscience s'est faite plus tard, lorsque j'ai commencé à travailler pour Raising Voices sur les droits des femmes, et plus particulièrement sur la prévention des violences faites aux femmes.

La différence que tu fais entre le début de ton parcours et le début de ta prise de conscience est très intéressante. Peux-tu me dire quand as-tu fait le lien, quand et comment cette prise de conscience s’est manifestée ?

Il y a eu plusieurs moments. Quand j’avais 10 ans, un des hommes vivant dans notre maison nous harcelait sexuellement une autre jeune fille, une voisine, et moi. Nous avons décidé de nous venger en allant déchirer tous les documents qui se trouvaient chez lui, notamment sa Bible. Cela l’a mis en colère, et il ne nous a plus jamais dérangées. Nous nous sommes faites gronder pour avoir déchiré sa Bible, mais c’était notre manière de résister, tu comprends ?

Plus tard, j’ai étudié dans un lycée pour filles, ce qui avait renforcé mon militantisme. Mais tout cela a été remis en question à l’université parce qu’on attendait de moi que je me comporte d’une certaine manière et que je n’exprime ni mes opinions ni qui j’étais. Et je me suis dit, « Attendez… » 

Et qu’en est-il aujourd’hui ? Te considères-tu comme une féministe ? Que signifie exactement ce mot pour toi ?

Oui, je me considère comme une féministe. Pour moi, un.e féministe est une personne qui croit en l’égalité entre les sexes et que les femmes et les hommes ont les mêmes droits et la même valeur. Qu’il s’agisse d’une mère au foyer, d’un homme d’affaires ou vice versa, ils méritent les mêmes opportunités et le même accès aux ressources. C’est ce que signifie être féministe pour moi, une personne qui croit en cela, mais qui ne se contente pas seulement d'y croire, mais agit pour que cela se réalise.  Pour moi, être féministe c’est à la fois croire et agir.

Lorsque tu t’es présentée, tu as dit être passionnée par « la voix » et « les choix » des femmes. Peux-tu m’en dire plus sur ces deux mots et pourquoi ils sont si importants dans ta conception du féminisme ?

Le patriarcat estime que les femmes ont moins de valeur et d'intérêt et que par conséquent leurs contributions sont moins importantes. Je considère la voix des femmes comme leur moyen de s’exprimer et de contribuer à la réalisation des projets qui les touchent. Par exemple, la voix des femmes ne se fait pas entendre lorsque des lois sur leurs corps, leurs sexualités ou des lois sur l’avortement des femmes sont discutées et adoptées par des hommes. 

Et même quand les femmes sont autorisées à intervenir dans les espaces politiques, elles sont perçues comme des décorations, et non pas pour leur capacité à apporter de la substance aux débats. Et trop souvent, les femmes à qui on permet de parler sont des femmes avec un point de vue très patriarcal. De nombreuses femmes sont dans des espaces et des postes pouvant leur permettre de faire changer les choses, mais elles renforcent les croyances patriarcales concernant la place des femmes dans la société, la violence, leur rôle dans le foyer et les choix qu’elles font. 

Qu’en est-il du choix ?

Le choix pour moi, c'est d'avoir des femmes ayant la possibilité de vivre et s’épanouir comme elles l’entendent. Que je choisisse d’être mère au foyer est autant valide que si je choisis de travailler. Quel que soit le type de travail que je choisis, c'est un bon travail, même s'il s'agit de travail sexuel. Si je choisis d’avoir un enfant, ou de ne pas en avoir, c’est mon choix. Si c’est ce que désire en ce moment ou pour le reste de ma vie, ainsi soit-il. Tant que je décide que c’est ce que je veux pour moi-même – pas parce que quelqu’un d’autre estime que c’est ce que les femmes « respectables » doivent faire ou être. 

J’estime que le choix et les droits vont de pair. Il s’agit pour moi de disposer du droit d’être la femme que je choisis d’être et de jouir de mes droits humains tant que je ne porte pas atteinte à ceux des autres.

J'aime la clarté dans la vision de Jean. Cliquez ici pour la deuxième partie de notre conversation où Jean nous parle de ce qu’elle fait dans son poste actuel, et ceux qu’elle a précédemment occupés pour prévenir les violences contre les femmes et renforcer les mouvements féministes africains. On y va!

Faites partie de la conversation

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Pour les actualités de Jean, c’est sur Twitter @JeanKemitare

« En tant que womanist, je rejette la façon dont le féminisme est blanchi » : Stéphanie Kimou (Côte d'Ivoire/États-Unis) - 4/4

📷: STEPHANIE KIMOU

Ma conversation avec l'activiste américano-ivoirienne Stéphanie Kimou touche à sa fin. Ce fut enrichissant de discuter avec elle de sa vocation d’élever les femmes noires (première partie), des leçons apprises au début de sa carrière (deuxième partie) et de ses identités hybrides (troisième partie). Dans cette partie, je veux savoir ce que le féminisme signifie pour elle.  

On ne peut pas finir cet entretien sans qu’on ne parle de féminisme. Tu tenais un blog intitulé: The Angry African: An African feminist Manifesto (L’africaine en colère: Le manifeste d’une féministe africaine). Ce blog n’est plus actif, mais je suis restée intriguée par son titre! Nous avons longuement parlé d’être africaine, j’aimerais que nous explorions le reste. Pourrais-tu commencer par me dire ce que cela signifie pour toi d’être féministe?  

Je devrais commencer par dire que je ne me considère pas féministe. Je suis une womanist. Le féminisme est enraciné dans une vision américaine blanche du monde, tu vois? Il a été créé par des femmes blanches qui luttaient pour le droit de ne pas rester à la maison et de faire des gâteaux, pendant que les femmes noires elles, se battaient encore pour le simple droit d'exister - littéralement, le droit de ne pas être tuées à cause de la couleur de leur peau.  

Pour moi, être womanist signifie que mon analyse de la dynamique du genre et du pouvoir prend en compte le contexte historique : l’esclavage, la colonisation, l’apartheid… Tous les traumatismes subis par les Noir.e.s et les Africain.e.s. Par exemple, lorsque je pense à la lutte pour l'égalité de rémunération aux États-Unis, je le fais d'une manière qui inclut les questions relatives à l'accès des femmes noires aux soins de santé, au droit de vote, au droit d'être protégées par la police plutôt que d'être persécutées. Tu me suis?  

Parfaitement!

En tant que womanist, je rejette le fait que le féminisme soit blanchi. Je ne suis pas pour que les gens ne voient pas la couleur de peau. Je veux que les gens regardent les femmes noires et voient leur pouvoir, mais comprennent aussi le traumatisme qui vient avec le fait d'être une femme noire de nos jours.

Être womanist signifie également que je veux que ma lutte pour les droits des femmes prenne en compte notre histoire - la manière dont les Noir.e.s aux États-Unis et dans les pays africains ont été programmé.e.s pour échouer à cause de l’esclavage et du colonialisme qui nous touchent encore aujourd’hui.

Et comment incarnes-tu tes valeurs womanistes dans ta vie quotidienne?  

J'essaie d'être la fauteuse de troubles. J’utilise mes identités pour bouleverser les espaces dans lesquels j’évolue de manière à orienter les conversations vers l’inclusion des femmes noires. Je remets en question certaines déclarations qui se révèlent problématiques, je souligne les dynamiques qui posent problème et que leur travail perpétue. C'est ce que je fais lorsque je discute avec des hommes et des femmes blancs et blanches, mais également lorsque je suis en réunion avec dix hommes au sein d'un ministère de la Santé dans n'importe quel pays africain où je travaille.

Je demande toujours: « Pourquoi n’y a-t-il aucune femme noire dans cette salle? »  

Comment es-tu devenue womanist? Qu’est-ce-qui a été le moment décisif?

Encore en 2005, je ne pensais même pas du tout au  womanism ou au  féminisme du tout avant 2005. Bien évidemment, avant cette date, je voyais les injustices et les deux points, deux mesures, et je ne n’aimais pas tout cela mais c’était à peu près tout. Puis, en 2005, j'ai suivi un cours d’introduction sur le féminisme.  

Pendant une longue période, j'ai été frustrée par ce cours. On n’étudiait que des autrices blanches comme Simone de Beauvoir, qui ont défini le féminisme et la féminité selon une perspective blanche. Je me suis sentie mal à l'aise avec ça parce que, tu sais, je suis noire avant d'être femme. Par conséquent, ces idées féministes ne correspondaient pas du tout à ma réalité. 

Et puis finalement, vers la fin du cours, la professeure nous a présenté le livre de Patricia Hill Collins, La pensée féministe noire. J'ai lu ce livre et je me suis dit, ça y est, enfin! Voici le prisme sous lequel je peux accueillir le féminisme. Le livre représentait Audre Lorde. Il parlait de la colonisation et de la façon dont l'esclavage avait brisé les familles noires aux États-Unis. Elle faisait tous ces liens avec les identités qui faisaient écho à mon expérience. J'ai réalisé que le féminisme en tant que structure était important pour moi, mais ce qui résonnait le plus pour moi était womanism. Et c’est ainsi que tout cela s’est construit.  

Quand on regarde le féminisme noir aux États-Unis d’aujourd’hui, on parle de plus en plus de «black girl magic». D'une certaine manière, je trouve que tu incarnes bien ce hashtag avec la façon forte et impénitente dont tu prends ta place dans ce monde. Mais je dois te demander si tu ressens réellement cette magie. Et es-tu à l'aise avec cette manière de voir les choses? Je pose la question parce que cela m'est souvent arrivé de le vivre comme un piège: quand tu es épuisée et que cela n’est pas vu parce que tu es trop magique pour avoir mal, tu peux finir par en vouloir à toute cette approche. 

Je dois avouer que je ne trouve aucune résonnance avec le terme « Black Girl Magic ». Je me sens trop vieille pour cela - c’est peut-être la partie «fille» qui me dérange. (Elle rit) Concernant ta remarque, je suis d'accord que l'idée de Black Girl Magic associe les femmes noires à une idée irréaliste et insoutenable selon laquelle nous sommes toujours fortes, toujours au-dessus de tout. Cela perpétue l'idée que les femmes noires sont invincibles ou surhumaines. Le fameux Black don’t crack.  

C’est définitivement un piège. Cela ne nous permet pas d’être vulnérables, de demander une pause lorsque nous avons mal. J'apprends à prendre soin de moi, et à le faire avec sérieux. Avant, je pensais que prendre soin de soi était un leurre, mais j’ai beaucoup appris de toi, surtout lorsque tu me rappelais souvent d’être plus réaliste quant à mes engagements. J'essaie!

Je suis bien heureuse de l'entendre! Donc qu’est-ce que tu fais pour prendre soin de toi? 

Je passe maintenant plus de temps à Los Angeles, où mon mari travaille. Je passe beaucoup de temps à la maison en fait et c’est tout. C’est un énorme changement par rapport à ma vie à D.C où je suis tout le temps en réunions. Donc en 2019, ma routine pour prendre soin de moi est la suivante : être à Los Angeles et faire des choses ordinaires avec mon homme.  

Passons à cette dernière partie de ton manifeste d’une féministe africaine : la colère.  Qu’est ce qui exactement te met en colère?  

Tu sais, en tant qu'Africaine, je vois certains schémas dans notre communauté qui me font dire, oh mon Dieu, nous sommes terribles! Par exemple, devons-nous toujours arriver en retard, même pendant les réunions? Mais le pire du pire, c’est en politique : pourquoi ce président est-il toujours là après 30 ans? Je suppose qu'au moment où je tenais ce blog, j'étais frustrée par la politique, l'économie, les élections, tout ça.

Ta colère joue-t-elle un rôle dans ton activisme aujourd'hui? Comment t’y prends-tu? 

J'essaie de transformer ma colère en une forme de communication qui ne s’excuse pas sur des choses qui me dérangent. Qu’il s’agisse d’une organisation politique ou d’une fondation qui envoie une équipe entièrement blanche au Nigéria, j’essaie de canaliser ma colère et de la convertir en conversation : je souligne ce qui se révèle problématique et je travaille à faire bouger les choses dans le bon sens. En fait, c'est ce qui se passe dans ma vie professionnelle. Parce que dans ma vie personnelle, lorsque je suis en colère, je fulmine pendant un bon bout de temps! (Elle rit)  

Ok, ma dernière question. Quelle est ta devise de vie féministe, je veux dire womanist? 

"Demande pardon au lieu de demander la permission". Je pense que c'est ce que la plupart des womanistes devraient faire : aller de l'avant, s’imposer jusqu'à ce que les gens réagissent, et puis on gère.


Ça y est, nous sommes à la fin cette conversation ! Merci Stéphanie pour cette conversation honnête et perspicace. Mes ami.e.s, j'ai hâte d'entendre vos réactions sur cette conversation. Écrivez un commentaire ci-dessous ou discutons sur Twitter, Facebook ou Instagram @EyalaBlog.

« Ma mère a créé un coin Afrique en plein milieu du Maryland » : Stéphanie Kimou (Côte d'Ivoire/États-Unis) - 3/4

Lorsque Stéphanie Kimou, militante américano-ivoirienne, m'a parlé de sa puissante mission visant à faire du développement international un secteur plus inclusif pour les femmes noires (cliquez ici si vous l'aviez manquée), cela m’a donné l’envie d’en apprendre d’avantage sur le parcours personnel qui l’a conduite à faire ce choix. Dans cette partie, nous parlerons de son identité hybride et comparons les notes de nos voyages respectifs en tant qu’immigrantes noires.  

Nous avons beaucoup parlé de ce que tu fais et de ce en quoi tu crois. Je propose de changer maintenant de sujet pour parler de qui tu es. Nous nous connaissons depuis deux ans maintenant, et je pense que tu es la seule personne que je connaisse qui soit autant africaine que américaine. Je me demande comment cela se passe dans la façon dont tu abordes ton travail. Par exemple, depuis le moment où nous avons commencé cette conversation, tu utilises les mots «noire» et «africaine» de façon interchangeable.  

Tu sais Françoise, tu me l’as déjà dit et c’est intéressant parce que moi je ne le remarque pas. Tu es  littéralement la seule personne de ma vie à me faire cette remarque.  

Vraiment? Peut-être que je me trompe… 

Non, je pense que tu as raison. Je ne connais personne qui soit plus capable que toi d’identifier ce genre de choses.  

Donc à quoi est-ce dû?

Je ne sais pas. Je dois y réfléchir. Tout de go, je dirais que je suis chanceuse de ne m’être jamais sentie rejetée sur le fait de ne pas être assez africaine ou assez américaine. Peu importe que je sois avec mes sœurs africaines ou mes ami.e.s afro-américain.e.s, que je sois avec ma famille ivoirienne ou mon mari afro-américain, je suis toujours tout à fait moi-même et les gens m'acceptent telle que je suis.

J’ai grandi aux États-Unis mais ma mère était déterminée autant que possible à ce qu’on garde notre identité ivoirienne. C'était sa priorité numéro un. Elle a veillé à ce que nous sachions tout sur la Côte d’Ivoire: la nourriture, la langue, la politique, l’histoire. Elle s'est assurée que nous y retournions une fois l’an. Ma mère a créé un coin Afrique en plein milieu du Maryland, ce qui m'a permis de grandir dans cette africanité authentique que je porte encore en moi aujourd'hui.  

D’autre part, je n’ai jamais eu à négocier le fait d’être Noire aux États-Unis parce que être noire est une expérience si naturelle et partagée ici - tant qu’on est prêt.e à y prendre part, ce qui était le cas pour moi. Donc, je ne remarque, ne différencie, ni ne négocie rien de tout cela. Je suis africaine et américaine en tout temps. C'est en fait la première fois que j'y réfléchis avec une telle profondeur.  

Merci à Mama Kimou! Je dirai que tu incarnes le terme «Afro-Américaine» d’une manière que je n’ai jamais vu auparavant: tu es une Noire en Amérique, mais tu es aussi totalement africaine et totalement américaine. C’est fascinant pour moi parce que je suis française et camerounaise, et laisse-moi te dire que je ne connais aucun.e immigrant.e africain.e en France qui puisse dire qu’elle (il) n’a pas à négocier entre ses deux identités. Ce qui me fait me demander qu’elle a été ton expérience l'année dernière, lorsque tu es allée vivre à Paris pendant quelques mois ? 

Pour moi c'était si difficile d'être en France. Je n’ai pas ressenti cette expérience commune d’être noire qui règne partout aux Etats-Unis. En tant qu’américaine et ivoirienne, j’ai plutôt ressenti combien l’expérience d’être Noir.e en France est fragmentée. 

Aussi, parce que je suis ouest-africaine, les Français ne s’intéressaient pas du tout à moi, dans un premier temps, mais dès que j’ouvrais la bouche et que je parlais Français avec mon accent américain ou que je parlais anglais avec mon mari, ils étaient soudainement impatients de connaître notre histoire et de nous inviter partout.

N’est-ce pas! De part mon expérience, la seule femme noire qui n’a pas à lutter pour le respect en France est la femme noire américaine. Tu aurais pu jouer cette carte! Tu n’as pas eu à le faire?  

Comment aurais-je pu me sentir bien d’être des Etats Unis si là était la seule raison pour laquelle on s’intéressait à moi? Ce que j'ai vu en France était une bien triste et inquiétante hiérarchisation des noirs.  


J'ai ressenti cette dernière phrase au plus profond de mon âme. Avant de dire au revoir à Stéphanie, je tenais à lui demander ce que le féminisme signifiait pour elle et comment elle était devenue féministe. Cliquez ici pour savoir ce qu'elle a à dire à ce sujet.

« Je ne saurai dissocier ma vie professionnelle de ma vie personnelle » : Stéphanie Kimou (Côte d’Ivoire/États-Unis) - 2/4

📷: DANIEL OUÉDRAOGO

La conversation continue avec la militante ivoiro-américaine Stéphanie Kimou, qui travaille pour rendre le secteur du développement international plus inclusif aux femmes noires (pour en savoir plus sur son travail cliquez ici). Dans cette partie, elle me parle des hauts et des bas à ses débuts dans le secteur et répond à quelques questions difficiles. 

Tu m’as parlé de ta mission de bouleverser les dynamiques de pouvoir dans le secteur du développement international et  mettre en avant les femmes noires, celles qui œuvrent sur le terrain et celles qui en sont bénéficiaires mais qui malheureusement sont laissées pour compte dans la prise de décision. Avant de faire cette critique du système, tu en faisais partie. Dans quelle mesure ton expérience en tant que jeune femme noire dans le secteur a-t-elle influencé la direction que tu as par la suite donnée à ta carrière?  

Mon parcours dans le secteur du développement international a été un périple d’avoir un sentiment de plein pouvoir puis de désillusionnement. J’avais 19 ou 20 ans quand j'ai commencé à travailler dans le secteur du développement international et j’en étais si contente. Je travaillais en Afrique du Sud avec des travailleuses du sexe et leurs avocats, et je me disais, wow, je fais un travail crucial. J'ai ensuite vécu dans la partie rurale de la Tanzanie pendant près de deux ans, à aider les femmes réfugiées à transformer leurs petites coopératives en marques internationales susceptibles de leur apporter plus de revenus. J'étais immergée dans les réalités des femmes africaines et je pouvais dire que mon travail avait un réel impact grâce à cela. Je vivais mon rêve.  

Puis je suis revenue aux Etats-Unis, et je me suis rendue compte des limites importantes sur la manière dont les grandes ONG américaines travaillaient avec les femmes noires. Les femmes noires, les principales bénéficiaires de toutes les interventions en matière de santé et de développement, n'avaient pas leur mot à dire dans la conception ou la mise en œuvre des programmes. Ce fut un constat désagréable pour moi.

Qu'est-ce qui le rendait si désagréable ?  

C'était épuisant d'être entouré d'un personnel à 95% blanc. Je travaillais avec des femmes qui n’avaient jamais travaillé en Afrique, mais qui étaient nommées à la direction de programmes de lutte contre le sida en Tanzanie. Je travaillais avec des hommes qui tenaient des propos racistes mais qui étaient dirigeants d’organisations internationales œuvrant principalement en Afrique.  

Parce que je suis une femme africaine et parce que je ne saurai dissocier ma vie professionnelle de ma vie personnelle,a un caractère intensément personnel, c’était une situation vraiment difficile. Je suis passée d’une grande euphorie à une bien grande désillusion. J'ai donc créé Population Works Africa pour retrouver cet état euphorique de nouveau mais selon mes propres conditions.

Je te comprends. Mais, aussi justifié soit-il, quitter le confort d'un emploi stable dans une ONG internationale pour l’auto-emploi peut être une décision effrayante. Je le dis parce que je l’ai fait aussi, pour d’autres  raisons, mais la peur que cela m'a suscitée m’avait presque empêchée d'aller jusqu'au bout. Comment as-tu géré la peur et les défis de la transition vers un travail autonome?  

Écoutes, je ne vais pas te mentir et dire que c’était une transition difficile ou effrayante. J'avais déjà beaucoup de visibilité: j'étais la seule femme noire de mon équipe, j'étais une fière africaine, j'étais bilingue et je faisais bien mon travail. Les organisations partenaires se souvenaient de mon travail et j’ai simplement eu quelques conversations incognito pour sécuriser quelques clients avant même de poser ma démission. Je ne prenais pas de risques du tout.  

Émotionnellement, le soutien de mon compagnon de l'époque - mon mari à présent - m'a été précieux. Il ne cessait de me dire que j'étais brillante et que je pouvais accomplir tout ce que je voulais. Bien sûr qu’il n’était pas objectif, mais je l’ai cru (Elle rit).

Eh bien tant mieux pour toi ! Mais à dire vrai, peu de personnes peuvent se permettre (de choisir) la voie de l’entreprenariat. Pour toutes sortes de raisons, beaucoup de femmes noires travaillant dans le secteur du développement international doivent rester dans leurs rôles et subir l'ignorance, les micro-agressions, les larmes de crocodile et toutes sortes d’absurdités. Quels conseils donnerais-tu à ces femmes?  

Je pense qu’en joignant leurs forces, les femmes noires ont l’immense pouvoir de changer le paysage des personnes qui interviennent dans le secteur du développement international. A défaut de créer sa propre entreprise, une femme pourrait s’associer à une autre consultante et créer une entreprise commune.  

Je comprends ce que tu veux dire, mais si je me permets, tout le monde ne peut, ni n'est prêt à partir, même avec un partenaire. Je ne veux pas donner l’impression que l’entrepreneuriat est une voie simple, car je sais par expérience personnelle qu’il peut-être très difficile de maintenir sa visibilité, ses revenus, etc. Alors, comment à ton avis les femmes noires peuvent-elles gérer les choses lorsqu’elles ne peuvent se permettre de partir? Bon, je suppose que ta réponse pourrait être la même, c’est-à-dire qu’on pourrait nous tourner les unes vers les autres et joindre nos forces afin de survivre ? C’est ça? 

Oui, c’est bien ça. Vers qui d'autre pouvons-nous nous tourner si ce n’est pas les unes vers les autres? À l'époque où je travaillais au Population Reference Bureau, je me tournais vers les autres femmes noires de mon secteur et on discutait ensemble de certains défis auxquels je faisais face. A plusieurs reprises elles sont celles qui m’ont empêché de tomber de la falaise au bord de laquelle je me trouvais.  

C’est pour cela que les espaces sûrs sont importants, qu’il s’agisse de plateformes établies comme #BlackWomenInDev ou même un groupe de copines. Nous avons besoin d’espaces où nous pouvons parler librement de diversité, d’inclusion et du sentiment que nous avons de ne pas être à notre place.  

Nous avons besoin d’espaces où nous pouvons parler librement de diversité, d’inclusion et du sentiment que nous avons de ne pas être à notre place.

Aux États-Unis, les groupes de soutien aux femmes noires affluent: au travail, à l’église, etc. Ce sont des espaces engagés. Ces espaces devraient également exister dans le secteur du développement international afin de nous donner le pouvoir de dire les choses que nous avons besoin de dire.

C’est là où le contexte a toute sa place. Pour celles d’entre nous qui ne travaillent pas aux États-Unis (même si nous travaillons avec des organisations américaines), l’idée de créer des groupes de soutien exclusivement pour les femmes noires a des implications. En France, les groupes qui s’y sont essayés ont été accusés de «communautarisme», de racisme inversé et de mise en péril de l'unité nationale. Les femmes noires qui travaillent dans des organisations à dominance française en Afrique occidentale et centrale sont confrontées aux mêmes défis. Donc, je comprends ce que tu veux dire sur le fait de ne pas se trouver d’excuses et remettre en cause le système, mais ne penses-tu pas que parfois les femmes doivent s’adapter à leur environnement?  

C’est une question difficile pour moi parce que depuis 3 ans que je travaille à mon propre compte, je ne mets pas de filtre. Ce n’est pas comme si je suis allée à des réunions et j’ai dit à mes clients d’embaucher davantage de femmes noires à des postes de pouvoir, c’est la raison même pour laquelle j’ai été embauchée. Cela fait partie de ma marque. 

Je trouve cela extraordinaire! Mais je pense aussi que c’est une position de grand privilège, non? 

Oh absolument!! Et ce privilège vient avec un énorme sens de responsabilité. Si je suis dans une pièce avec des organisations aussi importantes que celles de mes clients et que je suis écoutée, c’est ma responsabilité de défendre les intérêts des femmes noires. Au minimum, je veux qu’ils s’habituent à entendre notre message, même si cela les met mal à l’aise. Dans notre secteur, l’idée que les femmes noires accèdent à des postes de pouvoir ne devrait plus être perçue comme extraordinaire, mais au contraire banal. C’est pourquoi j’en parle partout où je vais.  

Mon privilège vient avec un énorme sens de responsabilité.

Sans vouloir t’offenser, t'arrive-t-il parfois d’avoir peur que tes clients ne t’utilisent juste comme un alibi? Surtout maintenant que la conversation sur le privilège des Blancs et sauveurs blancs attire de plus en plus l'attention, te demandes-tu jamais si tu es incluse uniquement de manière symbolique? 

Je vais te dire ceci: il est absolument impossible qu'une femme noire dans ma position ne soit pas utilisée à des fins symboliques. Si une femme noire a un message clair, elle sera automatiquement utilisée par des personnes puissantes qui ont besoin de conserver un certain niveau de légitimité. Je suis bien consciente de cela, comme le sont d’ailleurs toutes les femmes noires que je connais en position de pouvoir ou celles qui sont juste visibles. Alors pour répondre à ta question, non, je n’en ai donc pas peur, tout comme je ne perds pas non plus mon temps à réfléchir aux moyens de l’empêcher. Au contraire, je me demande surtout comment je peux en tirer parti pour faire avancer mon agenda.  

C’est ce que j’appelle être conscient de soi ! Voulez-vous en savoir plus sur le parcours personnel qui a fait de Stéphanie la personne qu’elle est aujourd’hui? Cliquez ici pour la prochaine partie de notre conversation.

« Elever les femmes noires est la pièce maîtresse de tout ce que je fais » : Stéphanie Kimou (Côte d'Ivoire / États-Unis) - 1/4

📷: THE WING

Stéphanie Kimou est en mission. Activiste américano-ivoirienne travaillant sur les questions des droits des femmes, elle crée un espace pour que les femmes noires soient des décideuses et non seulement des bénéficiaires dans le secteur du développement international. A travers son cabinet de conseil Population Works Africa, elle conseille des organisations non gouvernementales (ONG) internationales et des fondations privées sur la manière de rendre leurs programmes et leurs processus plus équitables pour les personnes qu'elles affirment vouloir servir.  

Je ne peux décrire combien je suis contente de partager cet entretien avec vous. Pas seulement parce que Stéphanie est mon amie. Pas seulement parce que je suis une fière conseillère stratégique dans son cabinet mais parce que Stéphanie a trouvé le moyen d’amener certaines des organisations les plus influentes œuvrant dans la santé des femmes africaines à entendre les messages que la plupart de nous essayons de faire passer depuis des années. Elle doit être protégée à tout prix!

C’était un réel plaisir de discuter avec Stéphanie de sa mission de vie à “élever les femmes noires” et des initiatives qu’elle a mises en place pour réaliser cela. Nous avons également parlé de ce qui l’a inspiré: de ses hauts et de ses bas au début de sa carrière dans le monde du développement international (partie 2) et de ses identités hybrides - 100% américaine et 100% africaine (partie 3).  Notre conversation a pris fin sur une exploration du rapport de Stéphanie au féminisme (partie 4). Spoiler: elle ne se considère pas comme une féministe. On y va!



Bonjour Stéphanie, merci d’avoir accepté mon invitation. Tu peux te présenter?  

Je m'appelle Stéphanie Kimou, je suis une Américaine originaire de Côte d’Ivoire et je travaille dans le domaine des droits de la santé reproductive. Je suis la fondatrice de Population Works Africa, un cabinet de conseil dont la mission consiste à bouleverser l’espace historiquement perçu comme blanc dans le secteur du développement international.  

En voilà une mission bien audacieuse! Mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? 

Mon travail avec PopWorks a deux composantes principales. Premièrement, je travaille avec les grandes organisations et fondations internationales qui dirigent ou financent des interventions sanitaires en Afrique - principalement en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Je les accompagne dans leur réflexion sur la meilleure approche visant à s’assurer que leur travail ne perpétue pas le racisme et le sexisme qui prévalent dans le secteur du développement international.  

Et donc quand je travaille avec des organisations telles que Care International, la fondation Hewlett ou la fondation Gates, mon rôle consiste essentiellement à analyser leur travail et de poser des questions: Qu’est-ce qui pourrait être perçu comme raciste ici? Ou problématique? Qui prend les décisions ici? Comment pouvons-nous améliorer ceci? Mon objectif est de rendre le secteur développement international dans son ensemble plus diversifié, plus inclusif, mais qu'il cède également le pouvoir, principalement aux femmes africaines. Puisque nous sommes les bénéficiaires de la plupart des programmes de développement international, je veux m'assurer que les jeunes femmes africaines puissent accéder aux espaces où les décisions sont prises sur leur propre vie.

Ce qui est parfaitement logique. Quelle est la deuxième composante?

La deuxième composante est axée sur le mentorat et le développement des compétences des femmes noires travaillant dans le secteur du développement international. J’offre mon expertise aux jeunes femmes africaines qui œuvrent pour la défense des droits et la santé sexuelle et reproductive. Je le fais par le biais d'ateliers, de formations, de webinaires et de coaching individuel. Je les aide à déterminer le changement qu'elles souhaitent voir dans leur pays et quels outils et tactiques qu’elles peuvent utiliser afin que ce changement s’opère.

Tu es également à l’origine de la communauté #BlackWomenInDev, qui a démarré sous la forme d'un groupe Facebook. Cela me fait dire que tu ne te concentres pas uniquement que sur l’accès, mais également sur la solidarité. Est-ce bien exact?

Tout-à-fait. J'ai lancé #BlackWomenInDev comme un moyen simple et rationalisé de donner de la visibilité aux femmes noires qui travaillent dans le secteur du développement international et de leur offrir un espace de rencontre. Les femmes noires sont présentes dans tous les espaces de ce secteur: nous travaillons sur les questions de genre, de la santé reproductive, d’éducation, de l’eau et de l’assainissement et bien d’autres. Pourtant, le leadership et la prise de décision sont généralement assurés par des femmes blanches, des hommes blancs ou parfois des hommes noirs.  

Beaucoup de femmes noires de ce secteur finissent par devenir invisibles et se sentent isolées. Je voulais donc mettre sur pied #BlackWomenInDev en tant que simple plateforme, non seulement pour documenter et partager les histoires de femmes noires qui travaillent dans le secteur, mais également pour nous permettre de nous connecter afin que nous ne nous sentions pas seules.

Je suis fière de me compter parmi les membres de la communauté #BlackWomenInDev et je ne saurais trop te remercier pour la création de cet espace ! Je me souviens lorsque tu m'avais parlé de ton idée pour ce groupe, tu n’y mettais pas trop d’emphase. C’était juste une idée et tu l'as mise en pratique. Ce qui est fantastique, c’est la rapidité avec laquelle cette communauté a grandi: à peine un an et demi, et nous comptons déjà plus de 2 000 membres dans le groupe! On a des rencontres en personne, quelques sous-groupes nationaux sont en train de se former… Qu'as-tu appris de ce processus? Qu’en ressort-il de plus important?

Clairement la croissance rapide me dit qu'il y a toujours un besoin de créer des espaces où les femmes noires peuvent se réunir, et qu’il n’y avait pas un tel espace pour les femmes qui œuvrent dans le secteur du développement international.   

Mais mon observation en regardant des interactions sur #BlackWomenInDev est que les femmes noires sont vraiment solidaires les unes des autres. Lorsque j'ai créé le groupe Facebook, je craignais de me retrouver toute seule à initier et faciliter toutes les conversations, fournir toutes les opportunités de carrière et répondre à toutes les questions. Cela ne m’a pas empêché de le faire : tu sais comment je suis à avoir les yeux plus gros que le ventre. (Elle rit). Mais c’était un point d’inquiétude pour moi. 

Mais en fin de compte, je n’ai pas à faire grand-chose dans ce sens. Chaque fois que quelqu'un pose une question ou publie des commentaires sur des micro-agressions par exemple, les réponses affluent. Quand quelqu'un publie sur une opportunité de travail ou un emploi, d'autres identifient un.e ami.e susceptible d’être intéressé.e. Lorsqu'une personne publie qu'elle se rend dans un autre pays, certaines se rendent disponibles pour la rencontrer. 

Ce que je retiens, c’est que lorsqu’on réunit des femmes africaines dans un espace où elles se sentent en sécurité, elles prennent la  responsabilité d’entretenir cet espace. Et ça c’est quelque chose de magnifique ! C'est presque spirituel. Tu vois ce que je veux dire ?

Lorsqu’on réunit des femmes africaines dans un espace où elles se sentent en sécurité, elles prennent la responsabilité d’entretenir cet espace.

Totalement ! Et cela me remplit de joie. Tu sais, une chose que j’apprécie le plus chez toi, c’est que bien que tu sembles avoir une multitude de choses à gérer, tu as une vision claire de ce que tu entreprends. Tu es une consultante mais ton agenda n’est pas dicté par ce qui est disponible sur la marché de l’emploi. Tu fais du mentorat, tu animes une communauté, tu écris même sur des produits de maquillage parfois! Mais tu n’es pas éparpillée. Donc quel est cet élément clé qui sous-tend toutes les pièces du puzzle?

C’est une très bonne question, Françoise. Je n’y ai jamais pensé de cette façon. Je dirais que dans l’ensemble, élever la condition des femmes noires est au cœur de tout ce que j’entreprends: mon travail, ma vie personnelle, mes amitiés, toute mon existence. C’est tout ce qui m’importe: bouleverser la dynamique du pouvoir afin que les femmes noires aient leur place dans les espaces de pouvoir, qu’elles s’y sentent comme chez elles et qu’elles soient prêtes à changer les choses une fois qu’elles y sont. 


Musique à mes oreilles! Vous vous demandez ce qui a poussé Stéphanie à critiquer un système dont elle faisait autrefois partie intégrante? Cliquez ici pour la deuxième partie de notre conversation.

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